Livre blanc des institutions

Cette page est ouverte à celle ou à celui qui souhaite partager ses déboires, ses réflexions, ses actions... Faites connaitre les horreurs rencontrées...

Sans pensée, pas de changement.

La pensée et son expression qu'est la parole, précèdent toujours l'action et le changement.

Penser, Parler, Informer c'est déjà subversif. Faites connaitre les horreurs, les violences que vous rencontrez.

Alors à vos plumes...

3 Commentaire(s)

  • GODARD 09/10/2016

    "En ayant mis fin à une psychiatrie anhistorique, la psychothérapie institutionnelle a réintroduit le malade dans l’histoire de son temps, en articulation avec l’histoire des institutions et son histoire personnelle et familiale. Elle s’est donné pour mission d’accueillir la psychanalyse dans les lieux soignants, aussi bien ceux hérités du passé que ceux créés pour assurer la continuité des soins dans le tissu social. Encore faut-il travailler le milieu pour réaliser les conditions minimales d’accueil des effets de l’inconscient dans un cadre collectif ; respect du désir, prise en compte des fantasmes, rôle du transfert dans la dialectique du passage à l’acte et de l’acting-out, place du surmoi dans son articulation avec le moi idéal et l’idéal du moi dans cette “constellation” et cette “polyphonie”. Restructuration permanente qui recourt à des concepts empruntés à la philosophie, à l’anthropologie, à la linguistique et aux aspects novateurs de la psychanalyse. Cet effort de théorisation, lié à une pratique de la vie quotidienne, risque fort d’être écrasé par le rouleau compresseur des technocrates et des simplificateurs néo-positivistes. .Curieusement, cette menace survient au moment où le courant français de psychothérapie institutionnelle est l’objet d’un intérêt dans la péninsule ibérique, en Suisse et en Allemagne. C’est sans doute avec eux qu’il va falloir maintenant s’engager dans la Résistance."

    Jean Ayme in INSTITUTIONS N° 44 2009:
    Essai sur une histoire de la psychothérapie institutionnelle:
    http://www.revue-institutions.com/Jean_Ayme-44.pdf

  • Corinne 21/09/2016

    Je travaille en M.A.S., depuis 24 ans. J'ai participé à deux stages animé par Gabriel Godard qui m'ont aidé, soutenue. J'essaie d'être toujours en alerte sur les enjeux humains et sème des graines d'éthique aussi souvent que je peux. C'est difficile dans un contexte de formulation, de transparence, de prestations où les écrits dominent et désengagent plus qu'ils n'engagent "c'est écrit donc c'est fait!!" L'action prime sur la réflexion......
    Actuellement il se passe des choses sidérantes dans l'établissement :dans un contexte de réflexions engagées au printemps sur le vieillissement des résidents, la répartition des charges de travail dans les 4 lieux de vie de 9 résidents, des changements s'annoncaient. Un décés et donc une admission et l'arrivée de l'été ont précipité les choses, à savoir :

    -1er juillet annonce aux salariès( ceux qui sont là !) de la nouvelle constitution des groupes (injonction de silence envers résidents et famille), 7 résidents concernés (dont certains jamais évoqués pour changer!) plus un nouveau - admission- , changement de chambre pour au moins 4 autres

    -J+3: réunion en comité restreint ,organisation "théorique" et rédaction des modalités des changements, liste des référents revue (des salariès en congés annuels non concertés), prévision de réunions express d'une équipe à l'autre avec nombre très restreint de professionnels.

    - J+4: envoi du courrier aux familles et/ou tuteurs, annonce aux résidents de leur nouveau lieu de vie et de sa configuration générale .

    - Juillet (J+4 à J+6) : Déménagements de tous les résidents concernés.

    - 15 juillet : accueil d'un nouveau résident.

    Quelques salariés ( trop peu, c'est pour ça que je parle de sidération) se sont exprimés auprès de la hiérarchie pour freiner ce train inhumain et faire des propositions sensées : différencier l'urgent du reste, prendre en compte toutes les conséquences, n'oublier personne : cuisinier, veilleur de nuit, lingère.......... . Des familles demandent audience.....Des arguments chocs pratico-pragmatiques sont assénés, les aspects humains balayés..Que faire??

    Merci

    Corinne

  • GODARD 21/09/2016

    Autisme : un courrier embarrassant pour
    un centre toujours cité en exemple
    PAR SOPHIE DUFAU
    ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 4 AVRIL 2012
    C'est une plainte bien embarrassante. Il y a un peu
    moins de dix mois, Fernando Ramos, père de deux
    enfants autistes, a adressé un courrier à l'agence
    régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais afin,
    raconte-t-il, « d'ouvrir les yeux des pouvoirs publics
    sur les méthodes utilisées par le centre Camus de
    Villeneuve-d'Ascq ». Selon lui, certaines pratiques
    employées ici relevaient « de la maltraitance ». La
    lettre reçue le 7 juillet 2011 par le directeur général
    de l'ARS a déclenché le 25 août et 9 septembre 2011
    la visite de quatre membres de l'équipe d'inspection
    (IGR). Lesquels ont remis leur rapport le 29 février
    2012. Révélé aujourd'hui par Mediapart, il conclut
    que ce centre présente des « dysfonctionnements »
    constituant «des facteurs de risques de maltraitance
    susceptibles d'avoir des répercussions sur les enfants
    accueillis »...
    C'est une plainte bien embarrassante parce que le
    centre Camus n'est pas une simple structure accueillant
    des enfants présentant des “troubles sévères du
    comportement”. C'est la tête de pont, en France,
    de la prise en charge des enfants autistes via la
    méthode comportementale ABA – pour Applied
    Behavior Analysis, ou en français, analyse appliquée
    du comportement (lire par exemple ici ou là). Ce
    centre, qui a ouvert ses portes en juin 2008, a été
    largement présenté au grand public à l'automne de
    cette année-là, lorsque l'acteur Francis Perrin a eu carte
    blanche dans l'émission Envoyé spécial de France-2
    pour présenter la méthode et les professionnels qui
    prenaient en charge son fils Louis, « un enfant presque
    comme les autres ».
    Vidéo disponible sur mediapart.fr
    De plus, en cette année 2012 où l'autisme a été déclaré
    Grande cause nationale et où la Haute autorité de
    Santé a, dans son rapport remis en mars dernier, classé
    l'ABA dans les « interventions recommandées »dans
    la prise en charge des personnes présentant des
    troubles envahissants du développement, c'est très
    souvent vers ce centre que les médias se tournent pour
    illustrer la prise en charge des enfants par les méthodes
    comportementales ou éducatives, comme le fait par
    exemple Sciences et avenir dans son numéro avril
    2012.
    Le centre Camus a été créé par Vinca Rivière (que l'on
    voit sur la vidéo ci-dessus aux côtés de Francis Perrin),
    maître de conférences à l'université de Lille 3, qui
    se targue d'avoir fait entrer en France cette méthode
    comportementale. Emanation de l'association Pas-à-
    Pas qui en assure la gestion et dont Vinca Rivière est la
    trésorière, ce centre est fortement soutenu par Xavier
    Bertrand, ministre du travail, de l'emploi et de la santé,
    ainsi qu'en témoigne une lettre de juin 2011.
    Enfin, le centre Camus accueille aujourd'hui vingt
    enfants et attend, pour fin mai ou début juin 2012,
    l'autorisation de poursuivre ses activités sous le statut
    d'établissement expérimental sous lequel il fonctionne
    aujourd'hui.
    C'est dans ce contexte qu'est arrivée la plainte de ce
    parent.
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    5 000 euros de formation
    Fernando Ramos a deux filles : l'une née en mai
    2003 et l'autre en mai 2004. Dès 2006, de l'Auvergne
    où il vit, cet ouvrier se paie une formation à la
    méthode ABA avec des psychologues dépêchées
    par l'association Pas-à-Pas. Un enseignement qui lui
    a coûté quelque 5 000 euros, auxquels s'ajoutent
    environ 600 euros par mois pour les supervisions des
    psychologues, sans compter les frais de déplacement.
    En 2007, apprenant que cette association allait créer le
    centre Camus, ce père divorcé déménage dans le Nord,
    habité par « l'espoir dans cette prise en charge qui
    promettait la rémission et un accès à une vie normale
    pour mes filles et toute la famille ».
    Au début, la plus jeune des filles est contente
    d'aller au centre et à l'école, au point d'ailleurs que
    le temps scolaire est augmenté afin de permettre
    « le développement des interactions sociales ». Mais
    quelque vingt mois plus tard, tout se dégrade. Le
    père constate « une régression » de sa fille cadette :
    « Elle ne voulait plus aller au centre ; elle a eu une
    poussée gigantesque d’eczéma ; elle était redevenue
    incontinente et se faisait dessus jusqu'à dix fois par
    jour… » Elle, que des vidéos montrent à l'arrivée dans
    ce centre calme et gentille, était devenue agressive :
    « Elle jetait les objets pendant les séances, elle
    commençait aussi à taper les intervenants », racontet-
    il. Fin 2010 et début 2011, ce père alerte alors
    la direction du centre en estimant qu'il y avait un
    problème de prise en charge.
    Ainsi écrit-il dans sa lettre : « La mère de mes filles de
    passage dans le Nord pendant les vacances d’avril est
    repartie en pleurant lorsqu’elle a vu la psychologue
    assise sur Alicia pendant 45min dans les toilettes pour
    ne plus qu’elle bouge. » Pour que l'enfant ne jette
    plus d'objet, une procédure dite «de blocage» était
    employée, consistant à lui serrer les bras le long du
    corps : « Tous les soirs je récupérai ma fille avec
    de très nombreux bleus sur les bras et poignets »,
    poursuit-il dans sa plainte.
    De même, il raconte que sa fille a été pendant deux
    mois régulièrement consignée dans un coin d'une pièce
    murée par un matelas afin qu'elle ne se cogne pas, et
    dans le noir absolu, selon la procédure dite du “time
    out”.
    Les punitions, Fernando Ramos ne les conteste pas.
    Cela, dit-il, « fait partie de la méthode », même
    s'« il faut mettre le moins souvent possible l'enfant en
    échec ».
    L'ABA consiste en un programme de techniques de
    modification du comportement et de développement
    de compétences. Toute « réponse correcte
    est renforcée positivement c’est-à-dire suivie
    immédiatement par quelque chose de plaisant
    pour l’enfant (jouet, bravo…) ». En revanche, les
    comportements inappropriés « sont explicitement
    non renforcés et on procède à l’extinction :
    le comportement inadéquat est ignoré de façon
    systématique. Il va alors s’éteindre de lui-même
    puisqu’il n’est jamais renforcé ni socialement, ni
    d’aucune façon », est-il expliqué sur ce site de
    promotion de la méthode.
    Voici en images ce que cela donne :
    Sur cette vidéo de promotion du centre Camus, nulle
    trace des « procédures punitives » dénoncées par
    Fernando Ramos.
    Pourtant, Vinca Rivière ne les conteste pas non plus :
    rencontrée dans le centre de Villeneuve-d'Ascq le 27
    mars dernier, elle explique que « le time out, c'est une
    procédure de punition » se reprenant immédiatement
    en précisant que « littéralement, c'est une “mise au
    calme” ». Exemple : « Si un enfant a des troubles du
    comportement associé à des stimulations sensorielles,
    comme par exemple la lumière, on va faire en sorte
    que ces stimulations-là ne l'atteignent pas. On va
    alors réduire la lumière. » Plus concrètement ? Elle
    précise qu'ici, faute de salle particulière, « on occulte
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    la fenêtre ». « Il y a des institutions qui mettent
    un chapeau sur la tête pour occulter la lumière »,
    poursuit-elle, voire une cagoule sur la tête de l'enfant.
    « Punition par choc électrique »
    Pour bien faire comprendre la méthode ABA,
    elle prend un autre exemple : « En analyse du
    comportement, il y a des procédures de punition par
    choc électrique. Tout le monde trouve ça scandaleux,
    mais c'est accepté par le gouvernement hollandais
    sous certaines procédures pour des troubles sévères
    et en derniers recours. Ce qu'on appelle “choc
    électrique”, on le présente en formation en faisant
    sucer une pile de 9 volts : ça picote la langue.
    Mais ça suffit à changer un comportement, je l'ai
    vu en Hollande, et l'efficacité en est démontrée
    depuis les années 50. La personne au comportement
    inapproprié (là, explique-t-elle, une femme qui
    se tapait violemment le menton – ndlr) porte
    en permanence à la taille une ceinture reliée à
    un émetteur placé sur sa cuisse. » À distance,
    « l'éducateur actionne le dispositif grâce à sa
    télécommande dès qu'elle émet le comportement. Ça
    produit effectivement un choc. Mais l'important est
    de voir que cette personne, qui ne pouvait plus rien
    faire, a diminué son comportement et a pu faire
    autre chose. On a des cas d'adulte qui ont acquis
    davantage d'autonomie avec ça. Cette punition-là, elle
    est efficace si le comportement diminue rapidement,
    sinon, ce n'est pas une bonne punition. Donc si ça ne
    diminue pas, on arrête, on va pas mettre du 80 volts !
    Mais en France, dès qu'on parle de ça, on pense à
    Vol au-dessus d'un nid de coucou... », le film de Milos
    Forman.
    Les inspecteurs mandatés par l'Agence régionale de
    santé du Nord-Pas-de-Calais n'ont pas recueilli ce type
    d'explication. Ils ont simplement examiné les faits
    relatés par la plainte de Fernando Ramos. Toutefois,
    leur enquête auprès du personnel confirme que « les
    hématomes (constatés sur les bras de la fillette) sont
    consécutifs aux blocages exercés par l'éducateur »,
    et que des temps de time-out, solution pourtant dite
    « extrême », ont bien été mis en place.
    Ils constatent aussi que le père de l'enfant n'a pas
    signé le programme “diminuer les comportements
    inadaptés” et que rien ne précise dans les comptesrendus
    de réunion dans quelles conditions s'est
    effectué le time out. Enfin, ils notent que la pratique
    a continué même après que le père, qui nous raconte
    en avoir appris l'existence par une éducatrice, en
    a demandé l'arrêt. « Tous ces manquements sont
    constitutifs de facteurs de risque de maltraitance »,
    concluent les inspecteurs.
    À l'évocation d'une plainte d'un parent, Vinca Rivière
    balaie les accusations : « Des parents en colère, je
    peux vous dire que, malheureusement, c'est courant...
    On voit bien la douleur des parents. Mais quand on
    dit que l'on a 50 % de résultats, on répète qu'on
    ne fait pas du 100 %. Maintenant, il y a aussi les
    problèmes sociaux, les parents qui divorcent... Ça a
    aussi des conséquences, mais comment aider ? On
    n'a pas forcément les moyens. Mais nos intervenants,
    ils sont tout le temps supervisés, ils savent utiliser la
    punition. »
    L'encadrement, la formation. C'est pourtant là aussi
    que le bât blesse.
    Un fonctionnement en vase clos
    Lors d'une réunion des délégués du personnel, en avril
    2011, les éducateurs et les intervenants font part de
    « leur impression d'être délaissés » et « l'ensemble des
    salariés constate qu'il y a un manque de supervision ».
    Selon les conclusions de l'inspection, « les éducateurs
    et intervenants nouvellement embauchés bénéficient
    de deux jours de formation théorique », puis de trois
    jours d'observation, suivis trois à quatre semaines plus
    tard d'une formation de deux jours. Sur le papier. Car
    dans les faits, cette seconde formation « n'a pas été
    instaurée ».
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    En outre, certains parents se plaignent, en conseil de
    la vie sociale, qu'un turn-over important perturbe la
    prise en charge. En effet, depuis l'ouverture du centre,
    presque la moitié du personnel intervenant auprès des
    enfants a démissionné et « les arrêts maladie sont
    journaliers », constatent les inspecteurs au vu des
    registres de 2010 et 2011. Vinca Rivière rétorque
    que « dans les structures expérimentales, le turn-over
    est toujours important. Car l'exigence n'est pas la
    même que dans les autres structures. (...) Ici, pour
    assurer la supervision, on demande à chacun de se
    filmer. Chaque enfant a un caméscope avec lui, et les
    éducateurs doivent se filmer pour évaluer leur travail
    et son efficacité sur l'enfant. Alors certes, quand on
    met une caméra, au début ça fait drôle, mais c'est pour
    vérifier que les procédures sont bien utilisées. »
    Les parents se plaignent aussi de ne pas être informés
    que des stagiaires interviennent auprès de leurs
    enfants. Fernando Ramos a pour sa part compté dixsept
    intervenants en un an auprès de sa fille. « Ceci est
    ce qui ressortait des plannings, mais ceux-ci n’étant
    pas fiables, elle en a eu beaucoup plus, écrit-il dans
    sa plainte. Sans compter les stagiaires qui venaient
    sans l’accord des parents faire des expérimentations
    sur les enfants, sans aucun contrôle de la direction,
    les parents n’ont jamais les résultats de tout ça, nos
    enfants servent de cobayes. »
    Assurant proposer pour chaque enfant, à raison
    d'au moins 30 heures par semaine, la présence
    constante « d'un, deux, trois, voire quatre adultes
    dans un cas très difficile », ce centre a naturellement
    besoin de beaucoup de personnel. Alors durant
    toute l'année scolaire, des stagiaires en Master
    2 “Psychologie spécialité analyse expérimentale
    appliquée au comportement” de l'université de Lille 3
    « assurent des missions d'intervention auprès des
    enfants et des tâches propres au psychologue », notent
    les inspecteurs.
    Car ce centre entretient des liens très étroits avec
    l'université de Lille 3 : dans cette université,
    Vinca Rivière est responsable, d'une part, du
    master “Analyse expérimentale et appliquée du
    comportement” et, d'autre part, du diplôme
    universitaire (DU) “Analyse du comportement
    appliqué aux troubles du développement et du
    comportement”. Elle espère de plus obtenir le 6 avril
    prochain, à l'issue d'un conseil d'administration de
    l'université, l'ouverture d'une licence professionnelle.
    « C'est le ministre de l'enseignement supérieur qui
    l'a demandée », précise-t-elle, reconnaissant que « ce
    n'est pas la voie normale » pour obtenir la création
    d'une licence pro, et que le ministère, s'il peut tout à
    fait suggérer la création d'un diplôme, est dans ce cas
    passé outre les réserves d'universitaires locaux.
    Au moment de l'inspection de l'ARS, tous les
    psychologues travaillant au centre Camus étaient
    titulaires du Master 2 et avaient réalisé leur stage
    au sein de l'association Pas-à-Pas, et notamment au
    centre Camus. C'est le cas du directeur adjoint, Olivier
    Cartigny, beau-fils de Vinca Rivière, nommé à ce
    poste en janvier 2010 après avoir travaillé au centre
    Camus comme intervenant durant ses études.
    De plus, la majorité des crédits de la formation des
    éducateurs et intervenants du centre est utilisée pour
    l'inscription au DU. Enfin, pour ce qui est de la
    supervision des professionnels du centre Camus, elle
    est assurée par l'université de Lille 3 en la personne de
    la trésorière de l'association Pas-à-Pas, Vinca Rivière.
    Bref, un système en vase clos qui fait dire aux
    inspecteurs que « les professionnels ne disposent pas
    d'un recours externe pour exprimer les difficultés
    rencontrées dans l'exercice de leur fonction » et qu'il
    est nécessaire d'organiser une supervision externe afin
    que chacun puisse s'exprimer librement, « hors du
    cadre hiérarchique ».
    80 000 euros par enfant et par an
    Mais l'ouverture n'est pas le fort de cette structure.
    Ici, aucune pluridisciplinarité dans la prise en charge
    des enfants, contrairement aux recommandations de la
    Haute autorité de santé. Pas de partenariat non plus
    avec des structures extérieures, alors que comme le
    rappelait déjà une première rencontre avec les agents
    de l'ARS en début 2011, la loi oblige les structures
    expérimentales à passer des conventions avec d'autres
    professionnels de santé.
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    Mais devant le souhait de parents de voir intervenir
    kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, et
    autres enseignants de français ou mathématiques,
    Vinca Rivière rétorque qu'« ici, c'est l'ABA et rien
    d'autre ». Et tant pis si la Haute autorité de santé
    recommande aux parents d'être « vigilants vis-à-vis
    des méthodes exigeant une exclusivité de traitement ».
    En cette fin mars 2012, à Villeneuve-d'Ascq, elle
    s'en explique : « Il y a les parents qui veulent
    faire ça, ça et ça... mais ce n'est pas possible, ce
    n'est pas dans le protocole scientifique et ça peut
    avoir des conséquences sur la mise en place du
    traitement. On ne fera pas entrer dans le centre
    des professionnels qui n'ont pas de connaissances en
    analyse du comportement. » Si elle reconnaît, qu'à
    l'étranger, les centres accueillent, par exemple, des
    orthophonistes, elle précise que « nous, en France,
    on ne les prend pas parce qu'ils n'ont pas la
    même approche scientifique que nous. On veut que
    les orthophonistes partent dans notre formation à
    l'université. La base, c'est notre formation ».
    À regarder l'organigramme, le centre Camus a pourtant
    bien un médecin : c'est la soeur de Vinca Rivière,
    qui y officie trois heures par semaine et s'assure que
    « les vaccins sont bien à jour », que l'enfant dort bien,
    grandit bien..., « un suivi somatique tel qu'on peut le
    faire pour n'importe quel enfant ».
    Pourtant, le centre, dont les locaux sont gracieusement
    mis à disposition par la ville de Villeneuve-d'Ascq,
    est financièrement très bien doté. Ici, le budget de
    fonctionnement alloué par le ministère de la santé
    s'élève à plus de 80 000 euros par enfant et par an. À
    titre de comparaison, non loin de là, un Itep (Institut
    thérapeutique éducatif et pédagogique) accueillant 35
    enfants majoritairement autistes fonctionne lui avec
    quelque 45 000 euros par enfant et par an.
    « Notre prix, c'est le prix de l'efficacité », rétorque
    Vinca Rivière, qui assure qu'avec sa méthode « 50
    % des enfants qui seront pris avant l'âge de 4 ans
    n'auront plus besoin de suivi au bout de 2 ou 3
    ans ». L'an passé, au centre de Villeneuve-d'Ascq,
    on ne comptait que quatre enfants dans le groupe
    des 3-6 ans, et aucun dans le groupe de 0-3 ans.
    De plus, en vertu d'une procédure « dérogatoire »
    exceptionnelle, l'admission des enfants se fait sur
    dossier sélectionné par le centre lui-même, la Maison
    départementale des personnes handicapées ne pouvant
    s'opposer à ses choix. Enfin, « le gros souci pour
    pouvoir voir l'efficacité » selon Vinca Rivière, c'est
    qu'il faut connaître « les techniques d'observation du
    traitement comportemental ». Autrement dit, à ses
    yeux, seuls les professionnels formés à sa méthode
    sont aptes à juger de ses résultats.
    Pas de chance pour la fille de Fernando Ramos.
    Elle avait 21 mois quand elle rencontra pour la
    première fois les psychologues de l'association Pasà-
    Pas. Aujourd'hui, estime son papa, « elle est dans
    une impasse » : retourné vivre en Auvergne, il
    n'a jamais eu connaissance du devenir de sa lettre.
    Et n'a pas non plus trouvé de structure qui lui
    convienne pour accueillir sa fille. Il veille donc seul
    à ses apprentissages et à la modification de son
    comportement.
    Et l'agence régionale de santé confirme que
    l'autorisation du centre Camus sera renouvelée.

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