L'éditorial de Gabriel Godard

Nous sommes encore en vie !

Nous avons obtenu la certification OPQF (Office Professionnel de Qualification des organismes de Formation) et nous venons d’adhérer à la FFP (Fédération de la Formation Professionnelle) afin de pouvoir faire certifier certaines de nos formations pour qu’elles soient éligibles au CPF (Compte Professionnel de Formation).

En effet pour qu’une formation puisse être éligible au CPF il faut qu’elle soit certifiée !

De ce fait deux formations longues sont certifiées CP/ffp : « référent clinicien institutionnel » concernant les cadres et psychologues et « référent en accompagnement clinique psychanalytique : éducatif et soignant » concernant éducateurs et infirmiers. Une formation est en cours d’agrément : « supervision et analyse clinique des pratiques » concernant les psychologues et psychiatres.

La législation sur la formation continue, depuis mars 2014, s’adresse aux salariés ayant peu de formation ou étant sans emploi, elle n’envisage nullement la formation continue de tous les salariés. D’ailleurs auparavant la formation continue était un droit des salariés, depuis 2014 c’est un investissement d’entreprise. C’est une perversion de plus car d’un côté est ouvert le CPA (Compte Personnel d’Activité) qui suit le salarié tout au long de sa carrière et d’un autre côté la formation est un investissement d’entreprise et sont prioritaires les personnes peu formées !... Le pouvoir sur la formation continue a entièrement basculé vers les « managers » et l’état qui maintient, et c’est noble, la formation des sans emploi. Mais l’attribution des fonds concernant la formation continue a été  confisquée aux salariés.

Le pouvoir des OPCA est renforcé avec obligation de certification pour les organismes de formation. A l’institut REPERES nous avons des stages spécifiques pour psychologues, ces salariés ont au minimum un bac. + 5, que vont-ils faire comme formation qualifiante avec leur CPF ? Cette loi scélérate n’a pas été pensée pour nos établissements qui ont pour mission de fabriquer de « l’humain ».

Comme Joseph Rouzel, j’ai adressé une lettre à Monsieur Rebsamen alors ministre du travail, et j’ai reçu la même réponse qu’il cite dans un article (Lien Social N° 1203), dans ce courrier, le ministre rappelle seulement la loi sans tenir compte de nos arguments. Notre secteur est abandonné, car pour fabriquer de l’humain il est nécessaire de rester « pensant » dans le rapport à l’autre, et pour rester pensant il faut constamment trianguler, et pour trianguler il faut des lieux de réflexion et d’élaboration de sa pratique. François  Tosquelles disait : « Je reproche à ceux qui critiquent la Psychothérapie Institutionnelle, non pas leurs critiques mais souvent ils n’ont pas d’autre théorie à opposer, de ce fait l’établissement est sacrifié à leurs démons imaginaires tout puissants ». Voilà de plus en plus les établissements sont sacrifiés aux caprices de quelques uns. Nos établissements n’inventent plus, ils fonctionnent avec des standards : bonnes pratiques, protocoles, normes de toutes sortes, évaluation, règlement etc… C’est la pensée qui est interdite… Il faut de bons petits soldats aux ordres d’experts, (ex-pères) comme le souligne Catherine Clément. Les technocrates de tout bord confisquent la pensée et la parole aux équipes éducatives et soignantes. Tout est mis en place pour éviter aux professionnels de réfléchir afin qu’ils ne dérangent pas le nouvel ordre établi. S’il n’y a plus de pensée, il n’y a plus de critique… Et le capitalisme peut continuer son œuvre de mort…

Nos formations sont là pour relancer la pensée, l’invention et la création dans la relation d’aide, car ce qui nous donne à réfléchir c’est la surprise. En matière d’éducation une sanction qui ne surprend pas c’est raté ! Cela devient une punition ou pire de la maltraitance. Il n’y a pas d’être humain chronique, il n’y a que des équipes chroniques qui répètent ce qui ne fonctionne pas et qui se stérilisent, qui sont incapables de créer et de penser !...

L’agrément DPC (Dispositif Professionnel Continu) nous est refusé pour le moment ! Nous allons résister mais si l’administratif nous prend davantage de temps que la formation en elle-même, il vaudra mieux fermer.

Aujourd’hui nous sommes condamnés à évaluer les connaissances acquises en fin de formation, rentabilité et investissement d’entreprise obligent. De plus tous ces organismes OPQF, FFP, Certification Professionnelle se font rémunérer grassement. Pour tenir nous devons faire des économies, de ce fait le présent catalogue est réduit mais le contenu détaillé est consultable sur notre site internet : http://i-reperes.fr.

Nous avons même obtenu l’agrément de l’ANESM (Agence Nationale de l’Evaluation et de la qualité des Etablissements et services Sociaux et Médico-sociaux) pour l’évaluation externe, afin d’utiliser cet outil, non pour juger un établissement, mais pour l’aider à réfléchir sur son projet et sa pratique. Cela prouve que nous ne sommes pas rebelle à tout changement, encore faut-il que cela ait du sens autre que de faire des économies et de coller au droit car certains étaient en règle avec le gouvernement de Vichy et pas forcément quitte devant l’humain ensuite !...

La psychanalyse dérange car elle propose constamment un questionnement éthique, elle soutient du Sujet, sa désaliénation et non l’adaptation et l’aliénation de l’individu à l’autre, au social, etc…

Comme l’écrit Joseph Rouzel, nous allons continuer à résister mais nous n’y arriverons pas tout seul ! Comment maintenir et créer des îlots de résistances face à cette pulsion de mort envahissante ? Merci de nous soutenir par vos demandes de stages et votre collaboration…

— Gabriel Godard : Directeur et fondateur de l’institut REPERES (Lire article Lien Social N° 1209)
Un livre à lire : Aux frontières des territoires de l’ordinaire - l’Harmattan Paris 2017 (Préface : Gabriel Godard)

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